GR20 Nord ou Sud : lacs, aiguilles et forêts, quels paysages voir absolument ?
Les paysages du GR20 ne se résument pas à une succession de sommets. La traversée de la Corse du nord au sud alterne chaos granitiques, lacs d’altitude, forêts de pins laricci, bergeries, cascades et ouvertures vers la mer. Pour choisir les panoramas à ne pas manquer, il faut aussi distinguer les sites accessibles, les étapes exigeantes et les variantes alpines.
Les paysages du GR20 à placer en tête de liste
Certains sites concentrent à eux seuls l’identité visuelle du sentier. Ils ne sont pas toujours les plus faciles à atteindre, mais ils offrent une grande diversité de décors : eau sombre sous les crêtes, plateaux d’estive, tours de granite ou horizons marins. Le choix dépend donc de l’itinéraire prévu et de votre aisance sur terrain alpin.

| Lieu | Secteur | Repère d’altitude | Paysage dominant | Vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Lac de Nino et Camputile | GR20 Nord | Environ 1 760 m | Lac, pozzines et plateau | Longue approche, météo changeante |
| Brèche de Capitellu | GR20 Nord | 2 225 m | Vue plongeante sur les lacs | Passage rocheux et exposé |
| Monte Cinto | GR20 Nord | 2 706 m | Haute montagne et crêtes | Réservé aux marcheurs préparés |
| Vizzavona et cascade des Anglais | Centre | Non applicable | Forêt, vasques et cascade | Rochers humides |
| Aiguilles de Bavella | GR20 Sud | 1 588 à 1 855 m | Tours granitiques et panoramas | Variante alpine technique |
Le lac de Nino, l’image la plus douce du GR20 Nord
Sur le plateau du Camputile, le lac de Nino tranche avec les reliefs minéraux du nord. Ses rives sont bordées de pozzines, des pelouses spongieuses liées aux zones humides d’altitude. Situé vers 1 760 mètres, ce lac de plus de 6 hectares est présenté comme le deuxième plus grand de Corse. L’accès est également évoqué en 2 h 30 depuis Vergio, ce qui permet de le découvrir sans réaliser toute la traversée.
La lumière y est particulièrement intéressante lorsque les reliefs se reflètent dans l’eau et que les pozzines dessinent leurs îlots verts. Le site offre ainsi un paysage ouvert, plus doux que les passages rocheux voisins, tout en restant soumis aux changements rapides de la météo en altitude.
La brèche de Capitellu pour le vertige et la profondeur
La Bocca a e Porte, ou brèche de Capitellu, est un point fort pour qui recherche un panorama franchement alpin. À 2 225 mètres, elle surplombe les lacs de Melu et de Capitellu, dans la vallée de la Restonica. Ici, l’intérêt visuel est indissociable du terrain : le sentier peut être rocheux, raide et impressionnant pour les personnes sensibles au vide.
Observez le parcours avant de vous engager. Évitez aussi de photographier au milieu d’un passage où les mains peuvent être nécessaires. La vue plongeante sur les lacs se mérite, mais elle demande surtout de rester concentré sur ses appuis.
GR20 Nord ou GR20 Sud : deux façons de vivre la montagne corse
Opposer le nord et le sud aide à construire une traversée cohérente. Le GR20 Nord est généralement associé aux reliefs plus abrupts, aux cols et aux passages où la progression demande de l’attention. Le GR20 Sud garde un caractère montagnard, mais il ouvre plus souvent sur des forêts, des bergeries et des panoramas lointains vers les golfes et les côtes.

Au nord, la puissance des cirques, des crêtes et des hauts sommets
Dès les environs de Calenzana, puis autour d’Ortu di u Piobbu, installé à 1 520 mètres, le décor prend de la hauteur. Le massif du Cintu concentre cette intensité : le Monte Cinto atteint 2 706 mètres. Le secteur du cirque de la Solitude, dont le tracé actuel passe par la pointe des Éboulis à 2 587 mètres, reste un univers de pierre, de pentes et de météo mouvante.
Ce sont les paysages les plus spectaculaires pour les amateurs de haute montagne, mais aussi ceux qui demandent le plus de lucidité sur son niveau. Les passages rocheux, l’altitude et les conditions changeantes peuvent modifier la difficulté d’une même étape.
Au sud, Bavella, Renoso et les horizons ouverts
Le Monte Renoso, à 2 352 mètres, et le lac de Bastani, à 2 090 mètres, proposent une autre lecture de l’altitude : eaux froides, pelouses d’altitude et reliefs plus arrondis avant les grandes silhouettes de Bavella. Les sept aiguilles de Bavella, comprises entre 1 588 et 1 855 mètres, comptent parmi les décors les plus photogéniques du GR20 Sud.
Leur granite découpé, les Cornes d’Asinao et la possibilité d’apercevoir les versants lointains expliquent leur réputation. La variante alpine de Bavella est impressionnante, mais elle s’adresse à des randonneurs sûrs de leurs appuis.
Les passages où le paysage se mérite vraiment
Sur le GR20, un beau point de vue arrive souvent après une descente, une dalle ou un col. Cela ne signifie pas qu’il faut choisir systématiquement la variante la plus engagée. Un itinéraire adapté à votre forme et aux conditions laisse davantage de disponibilité pour contempler le paysage.

La passerelle de Spasimata, un contraste entre eau et granite
La passerelle de Spasimata franchit les gorges de la Muvrella sur 31 mètres, à 15 mètres au-dessus de la rivière. Cet ouvrage change l’ambiance : après les blocs et les pentes, le regard suit l’eau encaissée entre les parois. L’intérêt tient au contraste entre le bruit du torrent, la fraîcheur des gorges et les reliefs minéraux environnants.
En cas de pluie ou de débit marqué, redoublez d’attention sur les rochers d’accès. La passerelle de Spasimata attire le regard, mais les conditions du terrain restent prioritaires sur la prise de vue.
Un sentier de montagne fonctionne comme un soufflet : il se resserre dans une gorge, oblige à regarder où poser les pieds, puis s’ouvre brusquement sur un vallon ou une crête. Anticiper cette alternance améliore l’expérience photographique. Gardez l’appareil rangé dans les sections étroites et préparez-le avant le col ou la sortie de forêt.
Vous éviterez ainsi les arrêts précipités dans les zones de passage, tout en étant prêt lorsque la composition apparaît : ligne de crête, lac en contrebas ou trouée sur un golfe.
Vizzavona, une respiration forestière au milieu de la traversée
La forêt de Vizzavona couvre environ 1 500 hectares et rompt avec l’austérité des zones sommitales. La cascade des Anglais y apporte le mouvement de l’eau, tandis que les pins laricci filtrent la lumière et créent une atmosphère plus fraîche. Les bergeries d’Alzeta, à 1 553 mètres, rappellent aussi la présence pastorale dans ces montagnes.
Ce secteur convient à ceux qui cherchent des images de sous-bois, de vasques et de roches moussues plutôt que de grands panoramas dégagés. La forêt de Vizzavona offre une autre manière de découvrir les paysages du GR20, avec des contrastes de lumière et d’humidité qui changent au fil de la journée.
Quand la lumière et la météo changent totalement les panoramas
La période généralement conseillée pour parcourir le GR20 va de juin à fin octobre. Cette fenêtre ne garantit toutefois ni un sentier sec ni un ciel stable. En début de saison, des névés peuvent persister en altitude. Plus tard, la chaleur, le vent et les orages imposent une organisation rigoureuse.
- Le matin offre souvent une lumière plus douce sur les lacs et limite l’exposition aux orages de l’après-midi.
- Après la pluie, les cascades et les couleurs de la forêt gagnent en intensité, mais les dalles deviennent plus glissantes.
- Par vent fort, les crêtes et les brèches perdent une grande partie de leur confort, même sous un ciel dégagé.
- En présence de neige, une variante ou un col change de niveau de difficulté : l’équipement et l’expérience doivent suivre.
Consultez les prévisions météo et les recommandations locales avant chaque départ. Sur certaines étapes, les dénivelés positifs dépassent 600 mètres et l’altitude franchit parfois 2 000 mètres. Un orage, une rafale ou un brouillard peut alors transformer rapidement un point de vue dégagé en problème d’orientation.
Préparer ses images sans ralentir ni dégrader le milieu
Les plus belles photos du GR20 ne demandent pas forcément un détour dangereux. Cherchez d’abord un emplacement stable, hors du chemin et loin des bords exposés. Pour les lacs, privilégiez une vue légèrement en hauteur afin de montrer le dessin des rives. À Bavella, laissez de l’espace au-dessus des aiguilles pour restituer leur verticalité. À Vizzavona, utilisez les troncs et le cours d’eau comme lignes de composition.
Le GR20 traverse des milieux fragiles : les pozzines du Camputile, les rives de lacs, les zones humides et les pelouses d’altitude supportent mal le piétinement répété. Restez sur le sentier et ne vous avancez pas dans les zones spongieuses pour obtenir un meilleur cadre. Rapportez aussi tous vos déchets.
Cette retenue protège les paysages du GR20 que vous êtes venu découvrir et laisse aux prochains randonneurs la même sensation de nature intacte.
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